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Episode 7 - Véronique ou l'authenticité | Les Vaillantes

Artemia Executive

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🎧 Et si la réussite, c’était d’abord avoir le courage de rester fidèle à soi-même ? 

Pour ce 7ème épisode, nous rencontrons Véronique Athané, Directrice Générale des Services industriels de Genève. Chaleureuse, ancrée, accessible , elle a fait le choix de garder l’authenticité comme boussole à chaque étape de son parcours.

Après un passage par de grandes multinationales américaines, elle prend une décision à contre-courant : tout quitter pour partir faire le tour du monde. Elle troque une carrière toute tracée au sein dans les grandes firmes contre un sac à dos sur les épaules malgré les réticences de ses proches.

Un tournant décisif qui renforce sa confiance en elle et confirme son intuition : rester soi-même est aussi une forme de leadership.

Dans cet épisode, elle partage :

🌍 L’importance de rester fidèle à ses rêves d’adolescente pour aller vers soi-même, malgré les attentes des autre

🧭 La nécessité de questionner en profondeur ses propres motivations avant de choisir un rôle de Direction générale, pour rester aligné

🤝 Sa façon de dépasser les jeux de pouvoir en se positionnant sur un pied d’égalité vis-à-vis des autres pour créer la confiance


Crédits

·       Production : Artemia Executive SA

·       Animation et conception éditoriale : Eglantine Jamet et Fanny Boyard

·       Prise de son et montage : Chloé Loichot

·       Habillage sonore : Chris Cretegny

·       Avec le soutien de : Claire Guiraud, Laurène Soumahin, Fanny Berret, Charlotte Rocchi et toute l’équipe d’Artemia 

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SPEAKER_00

Je mettais mon costume le matin, je mettais mon armure et je n'étais pas moi-même, tout simplement. Voilà, donc il y avait une espèce presque de fierté à résister et à être différente. Que ça, j'ai toujours eu depuis petite. Je me souviens distinctement de cet officier qui a éclaté de rire en disant« Mais madame, mademoiselle, ce n'est pas ouvert aux femmes

UNKNOWN

SPEAKER_00

Ce choix d'être directrice générale, pour moi, il a été tout sauf évident. Parce que j'avais peur de me tromper de rêve à nouveau. Et je suis assez convaincue d'ailleurs que ce qu'on est capable de rêver assez fort, on est capable de le réaliser.

SPEAKER_01

Bienvenue dans Les Vaillantes, le podcast qui vous plonge dans la réalité de dirigeante. Alors que moins de 20% des postes de direction en Suisse sont occupés par des femmes et qu'elles sont encore souvent enfermées dans des stéréotypes datés, ce podcast est né du souhait de changer de regard. Je suis Eglantine Jamais, directrice d'Artemia, une entreprise qui œuvre pour une plus grande mixité dans le monde professionnel. Et chez Artemia, des dirigeantes, nous en rencontrons tous les jours. Les Vaillantes, ce sont elles, ces femmes enthousiasmantes, bien sûr, mais aussi toutes différentes. Des femmes qui doutent, qui évoquent les obstacles qu'elles ont dû affronter. Elles témoignent de la multitude des possibles, nous offrent des modèles auxquels on peut s'identifier et dessinent, en filigrane, une autre vision du monde du travail. Chaque épisode est consacré à l'une de ces dirigeantes. Leur parole est libre et n'engage qu'elle. Il ne s'agit pas ici de théorie ou de leçon sur la diversité, mais simplement de témoignages, de réalités vécues de ressentis personnels et du souhait de chacune de transmettre son expérience. Bienvenue et belle écoute. Aujourd'hui, nous avons la joie de recevoir Véronique Atané, directrice des services industriels de Genève. Chaleureuse et ancrée, Véronique est surtout incroyablement accessible, d'une simplicité naturelle, sans faux semblants. Et à son contact, on se sent à l'aise, réellement pris en compte. Voici Véronique ou l'authenticité. Bonjour Véronique. Bonjour Eclantine. Comment vous allez ce matin

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Ça va très bien, comme quelqu'un qui se réjouit de faire quelque chose de différent aujourd'hui. Alors pour commencer, ce que j'aimerais c'est vous demander de vous présenter en quelques mots. Alors je m'appelle Véronique,

SPEAKER_00

je suis maman de deux ados, passionnée de voyages au long cours, de lecture, d'écriture. J'adore rencontrer des gens, échanger. J'adore en fait construire et travailler avec des équipes passionnées sur des grands projets. J'ai 49 Je dirige depuis maintenant un peu plus d'une année les services industriels de Genève. Et puis, si je remonte un peu le fil, je suis ingénieure en mécanique de formation. Un choix qui s'est imposé assez naturellement parce que depuis toute petite, j'ai toujours eu besoin de comprendre comment tout fonctionne. Puis après, j'ai un peu erré pendant... quelques années dans des grandes multinationales américaines de conseils en stratégie, de pharma, ce qui a eu comme principal mérite de me faire comprendre ce que je ne voulais pas faire et de réaliser ce que je recherchais vraiment, à savoir une entreprise à taille humaine, locale, où je puisse vraiment avoir un impact décisif sur les décisions stratégiques, mais aussi surtout sur leur déploiement concret sur le terrain. Et c'est là que j'ai eu mes plus belles expériences à ce moment-là pendant 15 ans, où j'ai intégré une très belle entreprise de microtechnique biennoise dans le dans le comité de direction, avant en 2020, de rejoindre les services industriels de Genève, donc de changer complètement de secteur, de passer de la petite PME à la grande régie publique de Bienne à Genève, surtout du secteur de la microtechnique à celui de l'énergie, donc aux services industriels de Genève, dont j'ai effectivement repris la direction générale il y a

SPEAKER_01

une année. Ok, super, donc effectivement des secteurs variés, et puis on sent un enthousiasme, une énergie, une envie de contribuer contribuer. En préparant cet entretien, vous souhaitiez partager notamment autour du thème de l'authenticité. Donc, comment dans ce parcours et finalement dans ces différentes expériences, ça s'est construit ou ça a du sens pour vous l'authenticité

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Ça commence au tout début, mais en miroir négatif, j'ai envie de dire. Ma première expérience chez McKinsey, qui a été hyper formatrice, a aussi été pour moi très déstabilisante dans le sens où la grande force de cette entreprise, c'est de donner du feedback tout le temps, en continu. Ça, c'est absolument génial. Sauf que les premiers feedbacks que j'ai reçus, c'est, écoute, ça ne va pas du tout. On voit toutes tes émotions sur ton visage. Et donc ça, c'était un peu le choc. Je mettais mon costume le matin, je mettais mon armure et je n'étais pas moi-même, tout simplement. Je me souviens de ces dimanches soirs, la boule au ventre, en pensant que c'est parce que je travaillais trop, parce qu'évidemment, on travaille dur. Et avant de réaliser, mais bien plus tard, que ça n'avait rien à voir avec l'intensité de mon travail, mais tout à voir avec le fait que j'ai n'étais pas moi-même. C'est paradoxalement un accident de voiture assez important qui m'a réveillée, j'ai envie de dire, et qui m'a fait réaliser que je me trompais de vie, que je n'étais pas au bon endroit, en tout cas que je n'étais pas moi-même. J'en ai conclu d'ailleurs à ce moment-là, je me souviens, je ne suis pas faite pour travailler. À ce moment-là, vous avez quel âge

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

J'ai 27 ans. Et là, je décide de réaliser un rêve d'enfant, d'ado disons en tout cas, mais c'est de dire je vais partir en voyage autour du monde toute seule, une année, sac à dos. Une de mes plus belles années, malgré, j'ai vraiment besoin d'inciter là-dessus, mais malgré les pressions de l'entourage, personne qui comprend pourquoi cet arrêt, cette année se caprice, entre guillemets. Là, je me souviens la force que j'ai dû avoir pour partir, malgré son conjoint pour qui ce n'est pas le bon moment, malgré les amis qui ont l'impression que je gâche une carrière toute tracée, malgré les angoisses des parents, et de partir quand même. Je pourrais en parler pendant des heures, donc je vais simplement dire, peut-être que j'en ai, je suis revenue pas différente, mais en ayant ayant acquis deux, trois choses hyper précieuses. La confiance en moi, la capacité à me fier à mes intuitions et puis vraiment la certitude que je pouvais être heureuse un peu n'importe où, dans n'importe quelle circonstance. Et à partir de là, moi, c'était différent aussi dans le monde professionnel.

SPEAKER_01

Vous parlez de confiance. Il faut déjà une sacrée dose de confiance pour partir seule, loin et contre la vie de tout le monde. Donc, comment vous expliquez que vous aviez quand même déjà cette capacité à savoir peut-être ce qui était bon pour vous ou en tout cas à suivre ce que vous sentiez qu'il fallait faire

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Je ne suis pas sûre que je puisse l'expliquer. C'est vraiment quelque chose qui s'impose comme une urgence vitale. On n'a pas le choix et on sait qu'on va le faire. Et puis, c'est aussi une fierté parce que d'être fidèle à ses rêves d'ado. J'avais été bercée dans mes lectures de récits passionnants, de Saint-Exupéry, de voyages, de dépassements de soi. Donc, pour moi, c'était vraiment rester fidèle à ce que je me souviens à cette époque-là, avoir relu mes carnets d'adolescentes où j'écrivais déjà ses rêves. Un jour, je partirai, je ne ferai pas comme tout le monde. Et pour moi, c'était vraiment vraiment une question d'être fidèle à moi-même et j'avais décidé que c'était le moment parce que tout simplement, j'étais perdue et que professionnellement, je n'avais pas l'impression de me réaliser.

SPEAKER_01

Sans évidemment raconter tout ce qui s'est passé dans cette année, mais est-ce qu'il y a un ou deux moments forts où vous avez senti justement cette confiance qui s'installe ou ce avec quoi vous êtes rentrée dans l'idée de savoir ce qui est bon pour

SPEAKER_00

soi

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui, cette évidence de« mais en fait, je peux être heureuse n'importe où, même quand a priori, il n'y a rien pour, je suis perdue au milieu de la Bolivie. Je viens de passer des heures dans un bus complètement improbable. Je ne connais personne. Je ne maîtrise pas encore l'espagnol. Je me retrouve dans une espèce de backpacker tout pourri. Et en fait, je suis hyper bien. Tout va bien. Et je me dis, mais c'est incroyable si je suis capable d'être heureuse juste avec moi-même en dehors de tout environnement connu, cercle d'amis. Mais en fait, c'est génial. Ça veut dire que mon bonheur ne dépend que de moi. Et donc, ou en tout cas, énormément de moi et de la façon dont j'aborde les autres et surtout cette curiosité de dire mais j'ai tout à découvrir je peux faire ce que je veux demain cette impression de liberté qui submerge presque et qui suffit en fait à mon bonheur et là de me dire en fait peu importe ce qui va m'arriver après dans la vie je sais que j'aurai cette ressource interne pour retrouver malgré peut-être les épreuves ou malgré les circonstances difficiles le bonheur et puis mon bonheur va pas dépendre ou pas trop dépendre dans le long terme d'une circonstance extérieure d'un licenciement d'une rupture, etc. Et ça, je me souviens assez précisément ce moment au milieu de la Bolivie,

SPEAKER_01

assez improbable. C'est assez impressionnant à entendre. Alors après, on rentre et puis on reprend une vie finalement un peu plus classique ou un peu plus balisée avec un quotidien professionnel. Comment cet élan résiste à la vie quotidienne

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Alors, elle ne résiste pas tant que ça, en vrai, pas si longtemps parce qu'on rentre et on est, à part les deux premières semaines où je me suis cloîtrée chez moi, vers deux repères. Après, on retrouve Et puis, on a vécu avec presque rien et on retrouve le confort et on se réinstalle dans une vie plus proche de la routine qu'on connaît tous. Mais il reste toujours quelque chose. Et en tout cas, là, moi, j'avais cet élan pour trouver un emploi entouré de gens avec qui j'avais envie de travailler. En fait, ça devenait mon critère numéro un pour une mission et une entreprise où j'avais l'impression d'avoir de l'impact. de gens avec qui j'avais envie d'aller boire des cafés, ça paraît fou. Et là, j'ai eu mes premières expériences de manager dans cette entreprise, justement, de microtechnique viennoise, MPS, dans laquelle j'ai passé les 15 années suivantes, après avoir papillonné pas mal dans mes premières expériences professionnelles. Et là, j'ai eu presque la surprise de découvrir qu'en fait, j'étais, je crois, un bon manager, un bon leader, que j'aimais ça. Et je le relis, alors, à raison ou à tort, mais avec cette authenticité. Je ne mentais plus, j'arrivais, j'étais la même au boulot qu'à la maison. J'avais ce sentiment d'alignement et puis l'impression que je n'ai pas décidé d'être authentique pour être un bon manager. J'ai décidé d'être authentique parce que je savais que c'était la condition de mon bonheur finalement. Et en y réfléchissant rétrospectivement, il m'a semblé que cette authenticité en fait faisait beaucoup dans ma capacité à diriger et à embarquer les équipes, tout simplement parce qu'elle donnait aussi l'autorisation à mes équipes, à mes collaborateurs de tomber le masque et d'être eux-mêmes dans cette relation de confiance, de transparence, tous ensemble. Donc voilà, je n'en fais pas forcément là à condition du bon leader, mais en cas, pour moi, ça a été un élément, je pense, assez décisif et complètement en opposition avec mes premières expériences, d'arriver dans cette envie de partage authentique, quitte à être aussi parfois dans la vulnérabilité.

SPEAKER_01

Mais alors concrètement, ça veut dire quoi être authentique au travail

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Parce qu'on pourrait se dire, ok, ça veut dire dire tout ce qu'on pense, faire des feedbacks un peu spontanés et pas toujours adéquats aux gens, râler quand ça ne va pas, quand on est de mauvaise humeur. Comment on fait pour être soi-même, mais que ça fonctionne justement positivement

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

comme vous avez l'air de l'expliquer

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Évidemment, l'authenticité ne suffit pas. On peut, et on en a tous rencontré, je pense, des managers narcissiques, toxiques, qui sont peut-être méprisants et qui sont en fait profondément authentiques. Ce qui est sûr, c'est que cette authenticité, elle rend le problème visible. Elle enlève le vernis, en fait, pour le meilleur ou pour le pire, peut-être. Donc, je pense après, ce qui fait probablement la différence, c'est la capacité aussi à se questionner, à chercher en permanence qui on est vraiment pour être dans une authenticité qui est aussi une authenticité de questionnement de voyage qu'on a fait au fond de soi pour être sûr que le poste qu'on occupe ou les fonctions qu'on prend sont vraiment en ligne avec ce qui est vraiment ce qui nous porte finalement pour cette authenticité en tout cas pour soit pas une authenticité de surface mais vraiment sincère et puis dans tous les cas cette authenticité c'est pas une excuse pour pas évoluer parce qu'on pourrait bien imaginer un manager qui dit en fait je suis authentique donc moi je me comporte comme ça parce que de toute façon, juste là maintenant, j'ai envie de me comporter comme ça. Et donc, je m'autorise finalement d'être incorrecte, toxique avec mes équipes sous l'excuse que c'est moi, je suis comme ça. Puis aujourd'hui, ça ne fonctionne pas, je m'en rends bien compte. Et

SPEAKER_01

est-ce qu'on peut continuer à être dans cette authenticité du rapport à soi et aux autres en devenant directrice générale

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Ce

SPEAKER_00

choix d'être directrice générale, pour moi, il a été tout sauf évident parce que, et j'ai beaucoup douté, mais on revient à l'authenticité. Parce que j'avais peur de me tromper de rêve à nouveau. J'avais peur de vouloir être directrice générale juste parce que c'est le Graal et potentiellement de vouloir y aller par ambition sociétale, pour flatter mon égo plutôt que par vocation profonde et par besoin d'y aller. Et donc il m'a fallu vraiment plusieurs mois pour être sûre que j'y allais pour les bonnes raisons en fait. Donc c'est vraiment des questions que vous vous êtes posées activement

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Très activement. Moi j'ai j'ai toujours beaucoup écrit et dans ces cas-là, il y en a qui vont faire du coaching, de la psychothérapie, que sais-je. Pour moi, c'est vraiment par l'écriture que ça passe, qui permet cette introspection pour vraiment réfléchir aux motivations profondes de cette possibilité de devenir directrice générale et d'être sûre que je le fais pour les bonnes raisons mais de façon assez égoïste parce que je sais, pour l'avoir expérimenté en début de carrière, que si j'y vais pour les mauvaises raisons, je ne serai pas heureuse et donc je ne serai pas bonne et ça... ce n'était pas possible pour moi. Mais on revient à cette authenticité qui a avant tout pour moi une capacité à se questionner sur soi-même, à se questionner sur ses motivations pour se connaître vraiment. Et alors, en

SPEAKER_01

quoi cette posture, elle a un impact sur le management de votre point de vue

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Cette posture d'ouverture et d'authenticité, elle a un impact finalement assez immédiat et assez concret, j'ai envie de dire. À partir du moment où les gens sentent qu'ils peuvent venir vers vous avec le dans leur authenticité, ils vont aussi venir avec leurs problèmes. Ça veut dire que les signaux faibles, avant que ce soit un immense problème, vous allez les détecter bien avant parce que vous allez boire un café avec eux et parce qu'au détour d'une conversation, ils vont vous dire simplement« Là, je ne suis pas hyper à l'aise sur ce projet, je ne le sens pas très bien.» Alors que s'il y a vraiment cette barrière hiérarchique, cette inaccessibilité du manager, cette solitude du leader que moi, j'ai très peu ressenti finalement. Eh bien, cette information, elle va arriver, mais bien plus tard. Et ce sera bien plus difficile d'agir. Et donc, le fait d'avoir très tôt ces signaux faibles, ça ne veut pas dire qu'il faut réagir. Et ça, c'est peut-être la difficulté. Il ne faut pas surréagir à tout, tout de suite. Mais c'est comme c'est là, on l'a entendu, c'est dans un coin de notre tête et on est capable, je pense, d'anticiper beaucoup plus les problèmes avant qu'ils deviennent insurmontables. Et ça, c'est rendu possible par la confiance des collaborateurs qui vont oser s'exprimer devant vous.

SPEAKER_01

Donc, il y a une sorte d'effet miroir, qui n'est peut-être pas automatique, mais qui fonctionne quand même dans un certain nombre de cas où le fait de ne pas avoir de masque fait que les autres n'en ont pas non plus ou en ont moins en tout cas.

SPEAKER_00

Et c'est ne pas avoir de masque et c'est cette accessibilité et cette envie de partage. Parce que s'il n'y a pas la sincérité derrière d'avoir envie et que c'est la corvée d'aller échanger autour d'un café, je pense que les équipes le ressentent aussi et puis ça devient une posture et puis c'est moins fluide. Mais oui, votre question me fait penser que c'est un des facteurs clés de succès de savoir détecter tôt ses signaux faibles et donc qu'il soit remonté naturellement, spontanément, sans arrière-pensée et on en fera quelque chose ou pas si

SPEAKER_01

ça se résout tout seul. Ça ne serait pas le meilleur conseil à donner quand même. Mais ça veut dire que c'est peut-être une authenticité qui est un alignement avec soi-même mais dans un but positif pour les autres. Enfin, quelque chose de cet ordre-là. Moi, ce qui me frappe beaucoup quand on vous entend, quand on vous rencontre, c'est ce côté aussi très accessible en se mettant sur un pied d'égalité avec l'autre. Et est-ce que cette authenticité, finalement, pour vous, c'est aussi de ne pas tomber dans ces jeux de pouvoir ou dans ces rapports de domination qui sont un peu inhérents au monde professionnel quand il y a de la hiérarchie. J'ai

SPEAKER_00

l'impression que la vraie authenticité, elle implique d'avoir envie de se connaître soi-même vraiment et donc aussi d'avoir envie de connaître les autres. À partir du moment où on a envie de connaître les autres, d'être dans cette relation d'échange authentique, parce qu'il y a cette curiosité de la connaissance de l'autre, on ne peut plus être dans ce rapport hiérarchique, en fait. Peut-être que tout le monde n'aime pas ça, mais moi, cette authenticité que je revendique et dont je parle, c'est avant tout une curiosité de soi et de l'autre. Donc, forcément, de facto, un pied d'égalité. Et moi, je n'ai jamais été très fan des rapports purement hiérarchiques. Par contre, j'ai toujours été hyper fan de comment on embarque des équipes, comment on fait corps ensemble pour démultiplier les qualités de chacun et comment on s'amuse ensemble. Et pour ça, c'est incompatible avec une posture de« c'est moi le chef et c'est moi qui ai raison». Et effectivement, ce n'est pas quelque chose qui m'intéresse en soi parce que« c'est moi qui ai raison», je crois que j'y je ne sais pas si je l'ai dit, mais au début, ce qui me drive avant tout, c'est l'envie d'apprendre et la curiosité. Donc, on n'apprend pas quand on a raison, de facto, parce qu'on est le chef. Enfin, c'est peut-être un raccourci de parler d'authenticité, mais en tout cas, l'authenticité dont je parle, c'est cette authenticité qui fait qu'on a envie de se connaître soi-même profondément et donc de connaître les autres, qui élimine cette espèce de posture hiérarchique artificielle.

SPEAKER_01

Ah ouais, c'est très clair. Et vous avez des exemples de comment ça s'est incarné dans votre rapport aux autres ou peut-être des retours que vous avez dans votre entreprise en tant que directrice parce que vous avez un style un peu différent

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Alors étonnamment moi je ne le remarquais pas que j'avais un style différent mais c'est vrai que j'ai eu des retours assez fréquents sur des gens qui après une rencontre avec tous les employés on est quand même 1700 dans l'entreprise donc des centaines d'employés qui viennent me voir en disant ah mais c'est génial quand tu parles on comprend ce que tu dis dans le sens tu parles comme nous quoi bah ouais je parle quoi et je raconte pas un discours tout fait ou en tout cas non sincère donc ça ça s'est ressenti et j'ai eu la surprise d'avoir ce genre de feedback ou dans d'autres cas, et ça, ça m'a plus interpellée, mais dans le mauvais sens du terme, choquée, vraiment, de réunions de fin d'année dans l'entreprise où, évidemment, par plaisir, je ne reste pas avec les directeurs, mais je vais aussi m'asseoir à d'autres tables et discuter avec d'autres personnes. Puis à la fin du repas, un des collaborateurs qui travaille sur une dalle de chargement dans l'usine d'incinération des déchets me dit« c'est la première fois que je parle avec un directeur». Et ça m'a choquée. Donc voilà, pour moi, ça me paraît naturel, mais effectivement j'ai ce genre de retour et ce qui présuppose qu'effectivement ce n'est pas obligatoirement une posture standard pour un leader.

SPEAKER_01

Et puis vous êtes une femme dans un monde quand même assez masculin dans le monde de l'ingénierie où vous avez souvent évolué, on imagine, avec des équipes d'hommes plutôt. Est-ce que vous pensez que c'était conciliable justement d'être soi-même et de ne pas se positionner comme chef

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Et puis la crédibilité, j'imagine en tant que jeune femme, on ne vous offre pas forcément sur un plateau la crédibilité ou le fait d'accorder du crédit à ce que vous dites. Comment vous avez concilié tout

SPEAKER_00

ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

D'abord, je pense que j'ai eu énormément de chance parce que j'ai vraiment très peu souffert ou très peu eu l'impression d'être décrédibilisée de par mon genre. Un peu plus peut-être quand j'ai eu les enfants en Suisse. Certains collègues managers à l'époque m'ont carrément dit« j'espère que tu vas t'arrêter de travailler maintenant parce qu'on ne fait quand même pas des enfants pour ne pas s'en occuper». Mais là, en fait, j'ai éclaté de rire. Ça n'a aucune prise sur moi, ce genre de commentaire. En plus, Il a rajouté, je crois,« Heureusement que tu n'es pas ma femme, je ne permettrai jamais ça.» J'ai éclaté de rire. C'est clair que je ne suis pas ta femme. Mais je te remercie de me donner ton avis. Je peux m'imaginer que si j'avais eu un modèle familial différent, ça aurait peut-être été plus dur de résister. Mais j'ai toujours eu mes deux parents qui travaillaient. Ça n'a jamais été un débat. J'ai au contraire adoré être seule à la maison pour réfléchir, pour écrire. Et je n'ai jamais eu l'impression de souffrir d'un manque d'amour ou de présence de mes parents, même si les deux travaillaient. Donc, en fait, ça a glissé sur moi. Mais je réalise que c'est une chance. Et Étonnamment, j'ai eu ce genre de réflexion plutôt des hautes sphères, j'ai envie de dire, parce que quand j'étais avec les gars du terrain, dans les ateliers et tout, mais j'avais au contraire jamais ce genre d'attitude condescendance de« qu'est-ce que tu fais à vouloir faire carrière alors que tu as une famille

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

» Je ne suis pas arrivée en disant, je suis arrivée même à l'inverse en disant, vous savez quoi, votre job, vous le faites mieux que moi. Moi, ça fait des années que je n'ai pas fait du dessin, de la conception sur ordinateur. Donc, ce n'est pas moi qui vais corriger les quotations de vos dessins et vous dire que vous auriez dû concevoir différemment. C'est vous, les ingénieurs en conception mécanique. Par contre, j'apporte autre chose. Je vais porter votre voix parce qu'en tant qu'ingénieur, souvent, on est super bon pour concevoir, mais pas toujours bon pour aller défendre et porter les projets. Or, ça, je sais faire. Et en plus, je comprends en tant qu'ingénieur mécanique quand même les grands principes de ce que l'on fait et surtout je vais rapprocher et ça, ça a toujours été un mantra chez moi, rapprocher les équipes d'ingénieurs du terrain et on avait la chance justement dans cette entreprise à taille humaine d'avoir un étage toute la production et puis je voulais casser ce mythe des ingénieurs dans leur tour d'ivoire qui ont réponse à tout et je leur ai imposé d'aller passer du temps avec sur les machines là où leurs pièces qu'ils avaient conçues allaient être construites. Donc vraiment j'ai à je pense effectivement quelque chose de différent cette transversalité cette curiosité à aller voir ce qui se passe après le dessin cette envie de considérer au même niveau ceux qui usinent les pièces que ceux qui les dessinent enfin à nouveau on est dans un monde où il n'y a aucune hiérarchie il y a autant de compétences à être capable de programmer la machine qui va sortir la pièce dans le micron que de discuter avec le client pour concevoir un produit et donc je pense qu'effectivement j'ai amené cette capacité à créer des liens entre les professions à mettre sur un pied d'égalité les différentes compétences des différents secteurs et à sortir les fonctions de leur tour d'ivoire et de leur, des fois, mépris les unes par rapport aux autres et à créer le dialogue. On reste dans cette envie de comprendre que c'est tout aussi important ce qui se passe avant, après, pendant et qu'il faut être dans cette posture d'ouverture et de compréhension pour construire vraiment, toujours dans le but du projet, dans le but d'arriver à construire quelque chose dont on est fiers collectivement. Et ça, je pense que oui, c'est une des choses que j'aime faire. Et donc, quand on aime faire quelque chose, souvent, on est bon

SPEAKER_01

dans ce qu'on fait. Je voulais revenir un tout petit peu sur l'enfance et l'éducation parce qu'on sait à quel point les modèles, ils s'impriment profondément, puis à quel point c'est difficile d'aller contre quand on a baigné dans certains modèles. Et ce que je trouve intéressant, c'est que vous vous dites au contraire, ça glissait sur moi quand on me parlait de m'arrêter de travailler pour m'occuper de mes enfants, parce que justement, vous avez eu un modèle familial où vos deux parents en travaillait et où il n'y avait pas finalement peut-être cette perception que, je ne sais pas, le destin d'une fille peut être différent du destin d'un garçon ou que les possibilités ne sont pas les mêmes. Vous parlez aussi de démonter les objets depuis toute petite. Donc, quelle était un peu votre vision des choses quand vous étiez enfant

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Est-ce que vous avez pu justement rêver de manière non limitée en tant que fille

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui, complètement. D'abord, je reviens sur« ça glissait sur moi». Non seulement ça glissait sur moi, mais en fait, j'en étais presque fière en fait de résister puis dire ben voilà donc il y avait une espèce presque de fierté à résister à être différent que ça j'ai toujours eu depuis petit il suffisait qu'on me dit tu fais pas ça pour que je dis ben ça je vais le faire et je vais prouver que je suis capable donc cette posture de défi elle est quand même assez ancrée et le fait de faire des ingénieurs mécaniques alors que je voyais très bien que quasiment personne de féminin ne le faisait il y avait aussi cette posture de défi en disant moi je suis cap donc ça je l'explique pas forcément par contre oui bien sûr cette capacité à rêver j'ai eu la chance d'être élevée dans un environnement où je n'ai pas du tout senti ses limites. Pendant toute mon enfance, je me souviens que j'ai passé des après-midi avec mon grand-père qui était un ingénieur aussi, qui adorait, ça a sauté une génération, la passion pour les sciences et la compréhension du fonctionnement des choses chez moi. Mais en tout cas, mes grands-parents étaient ingénieurs et puis avoir passé des après-midi à tout démonter, à essayer de remonter derrière, à ce qui m'explique comment fonctionne un poste radio, une télévision à démonter sa montre, ma calculatrice qui après a été inutilisable au grand désespoir de mes parents qui ont dû m'en racheter une. Et puis je me souviens assez distinctement de la première fois assez tard où ça m'a frappée que j'étais une fille et que toutes les opportunités n'étaient pas ouvertes peut-être de la même façon. C'était une journée des métiers, j'avais 14 ans Et à cette époque-là, j'étais fan de Saint-Exupéry. Donc, j'avais lu tout Saint-Exupéry et donc, je voulais être pilote. Et ce que j'ai fait, d'ailleurs, j'ai été pilote pendant plus de 20 ans par la suite, pilote de planeur. Et donc, je voulais être pilote et donc, je vais à cette journée des métiers au stand de l'armée de l'air en disant, moi, je vais être pilote d'essai. Comment on fait pour y arriver

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Et là, je me souviens distinctement de cet officier qui a éclaté de rire en disant, mais madame, mademoiselle, ce n'est pas ouvert aux femmes. Et à cette époque-là, quand j'avais 14 ans, effectivement, c'était pas possible d'être pilote d'essai, pilote en tant que femme. Ça a changé depuis, mais là, ça m'a frappée, j'ai dit comment ça, que c'est pas possible d'être pilote. Donc c'est finalement à 14 ans que j'ai réalisé qu'il y avait quand même une petite différence.

SPEAKER_01

Et c'est assez incroyable, parce qu'effectivement, c'est tard, mais c'est ce qui peut-être aussi a fait que tout était possible, justement, c'est que jusqu'à 14 ans, cette conscience des limites, elle était peut-être pas très réelle, et donc ça ça ne vous a pas bridé dans vos rêves

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Non. Et puis, les

SPEAKER_00

rêves de vol, les rêves de voyage qui remontent aussi à cette époque-là où je découpais toutes les photos de paysages que je collais dans un grand cahier et où j'écrivais de façon très lyrique« Je partirai, je ne ferai pas comme tout le monde». Donc, cette capacité à rêver, à se projeter. Et je suis assez convaincue d'ailleurs que ce qu'on est capable de rêver assez fort, on est capable de le réaliser. Donc, oui, surtout

SPEAKER_01

rêvons. C'est C'est sur ces belles paroles qu'on va conclure. Rêvons. Merci beaucoup Véronique d'avoir partagé avec nous votre authenticité et votre regard sur le monde

SPEAKER_00

professionnel.

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Merci beaucoup Eglantine.

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C'était Les Vaillantes, un podcast produit par Artemia Exécutive. Un immense merci à notre invité pour sa confiance. Ça vous a plu

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Retrouvez tous les épisodes des Vaillantes sur votre plateforme préférée, abonnez-vous et faites découvrir le podcast autour de vous. Et pour nous suivre, rendez-vous sur notre site internet ou notre page LinkedIn. On se réjouit de lire vos messages, vos réactions et de poursuivre la discussion. Merci à toute l'équipe chargée de production Fanny Boyard, prise de son et montage Chloé Loachot, habillage sonore Chris Crétigny. On se retrouve bientôt pour un nouvel épisode.